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 tu ne déroberas point (pétronille)

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MessageSujet: tu ne déroberas point (pétronille)   Ven 15 Nov - 1:30


tu ne déroberas point
alix-adèle et pétronille (1350)
Elle pouvait mener au couvent l'existence libre de tracas à laquelle elle avait toujours aspiré. Les bonnes sœurs ne lui demandaient rien si ce n'est de garder le silence autant qu'elle le pouvait et de participer aux nombreuses messes qu'elles donnaient chaque jour. La routine et le quotidien lui plaisaient bien, lui rappelaient la petite vie simple et rangée qu’elle avait menée avant son mariage. Alix-Adèle et sa sœur étaient arrivées au couvent voilà un peu plus d’un mois maintenant, en plein milieu de la nuit. On avait fait croire au village que l’aînée, soucieuse de la sécurité de son enfant à naître, était allée rejoindre sa cadette au couvent. Ce n’était à vrai dire pas bien loin de la réalité, si ce n’est que l’enfant d’Alix était mort, perdu lors d’une fausse-couche, et que c’est le ventre de Pétronille qui chaque jour s’arrondissait davantage. Tout ceci n’était qu’une cruelle farce orchestrée par Dieu pour la punir de quelconque péché : pourquoi sinon la punirait-il elle, l’épouse modèle, la fille bien élevée qui respectait son père, la sœur généreuse qui veillait sur ses cadets, pourquoi offrirait-il un enfant à Pétronille l’insolente, qui ne respectait rien ? L’affection qu’Alix-Adèle éprouvait pour sa petite sœur restait la même, cela ne faisait aucun doute, mais pourquoi lui donner la chance d’enfanter à elle alors qu’elle-même n’avait mis au monde que la mort ? Son seul enfant vivant, la petite Marguerite, avait vécu trois ans et trois mois, emportée par la fièvre un peu moins d’une année auparavant, sa pauvre petite, son tendre trésor. Il lui était difficile de ne pas faire le chien entre la perte de son enfant et les péchés de Pétronille, dont les bonnes sœurs de Marcheclaire aimaient à discuter entre elles lorsqu’elles étaient certaines qu’aucun Lonlanvois n’était à proximité.

L’époux d’Alix avait manifesté le désir de venir la voir à de nombreuses reprises mais semblait respecter son confinement. Un fils, priait chaque jour la jeune femme, faites qu’elle accouche d’un fils pour Alexandre, Seigneur, et nous serons tous les trois heureux, je ne mentirai plus jamais après la naissance du bébé. Était-ce trop demander, était-ce être trop gourmand des plaisirs de la vie ? Il lui semblait qu'hier encore elle avait tenu sa Marguerite dans ses bras, qu'hier encore la vie était simple, qu'elle avait enceinte et confiante en la promesse d'un avenir heureux. Mais maintenant ... elle ne pouvait supporter de penser à ce qui se serait passé si sa soeur n'était pas venue la trouver, avec sur les lèvres des mots porteurs d'un étrange salut. Au tout début, Alix-Adèle avait été furieuse, déterminée à rassembler ses trois frères et à égorger quiconque avait déshonoré sa petite soeur. Mais l'enfant n'était-il pas le bienvenu, après tout ? N'était-ce pas quelconque signe du Seigneur ? Elle était partagée entre deux convictions : que Dieu se moquait cruellement d'elle d'une part et qu'il la récompensait d'une bien étrange façon de l'autre. Mieux valait croire en Sa bonté, c'était la meilleure chose à faire. Ainsi se complaisait-elle au couvent, à écouter la messe d'une oreille et le chant des oiseaux au dehors de l'autre. La vie semblait si paisible, loin du brouhaha de la bourgade !

À dire vrai, Alix-Adèle n'arrivait guère à comprendre comment Pétronille parvenait à ne pas aimer la vie au couvent. La lumière du soleil filtrait à travers les carreaux de la fenêtre, et s'ils étaient un peu poussiéreux ils étaient tout de même tout à fait charmants. Et les religieuses étaient toutes gentilles, même la mère supérieure avec son regard sévère et ses mains comme des griffes. Alix ne parvenait pas à déterminer lesquelles étaient dans le secret et lesquelles ne l'étaient pas. Elle savait que Père avait versé une généreuse somme - du moins, aussi généreux qu'il pouvait se permettre d'être - à la mère supérieure pour qu'elle garde le secret dans lequel vivaient ses deux filles, et très peu parmi la population du couvent étaient autorisées à être en leur présence. Il avait suffi à Pétronille d'affirmer qu'elle était souffrante, qu'elle ne se sentait bien, et on lui avait trouvé la chambre la plus isolée de toute la bâtisse. Alix n'était jamais bien loin de sa soeur, un oreiller de plumes glissé sous sa robe si jamais la menace de regards indiscrets se présentait. Sa fausse-couche l'avait un peu affaiblie, mais elle était parvenue à la garder secrète et personne ne semblait avoir remarqué que la robe de laine qu'elle affectionnait tant avait terminé son parcours de vie dans le feu avec ses jupons souillés de sang et le petit paquet soigneusement emmitouflé dont elle n'avait pas eu le courage de vérifier le sexe. Elle tentait de son mieux d'oublier sa fausse-couche, de se préparer à vivre dans le mensonge, d'affirmer dès que l'enfant sortirait du ventre de Pétronille que c'est elle-même qui l'avait porté durant neuf mois. Elle était suffisamment forte, elle ne faiblirait pas, et avec l'enfant continuerait la vie heureuse à laquelle elle estimait avoir droit.

Après une des énièmes messes tenues dans la petite chapelle du couvent, Alix-Adèle, munie d'une cruche de ce que les bonnes sœurs appelaient du vin et de son coussin de plumes, monta à la chambre où était cloîtrée Pétronille. La complicité qu'elle avait partagée avec sa cadette durant les premières années de leur vie lui manquait cruellement et ce séjour au couvent était pour elle une occasion de retisser leurs liens. Elle entra sans cogner.
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MessageSujet: Re: tu ne déroberas point (pétronille)   Mer 27 Nov - 21:21

C'était une nuit sans lune, lugubre, inquiétante, Pétronille marchait pieds nus au cœur d'une forêt dense, uniquement couverte d'une tunique en lin et d'un drap blanc du couvent. Le vent sifflait l'air mécontent, en canon avec les bruits nocturnes de la nature, elle ne voyait rien devant elle, mais elle savait où elle allait. À la vieille grange. C'était toujours là qu'elle allait, là qu'il l'attendait. Quand elle pénétra à l'intérieur, un courant d'air glissa le long de son dos et une voix rocailleuse retentit, faible et tremblante, pas par manque d'assurance, mais plutôt comme si la distance réduisait sa puissance. « Tu as péché ma fille. » Ce n'était pas juste un courant d'air, c'était esprit, comme un nuage de cendre avec des yeux blancs perçant, il s'enroulait autour de Pétronille, une expression mesquine sur le visage qu'il ne possédait pas. « Je ne te laisserais pas avoir cet enfant, il est le fruit du démon, il doit mourir » Pétronille paralysée entre les bottes de foin ne dit rien, elle se contentait d'écouter. L'ombre passa une main trouble sur son ventre déjà bien arrondi, cette main, glacée, transperça la tunique et la peau de Pétronille et ressortie de son ventre en petit être recouvert de sang, sans rien dire, il se mit à rire, à rire, jusqu'à ce que Pétronille se réveille en hurlant.

Recluse dans une chambre du couvent, officiellement pour cause de maladie, officieusement parce que son ventre avait triplé de volume depuis quelques semaines, Pétronille dormait la plupart du temps, l'enfant drainait ses forces, et même si le monde des rêves n'était pas plus agréable que la réalité au moins avec ses cauchemars, elle finissait par se réveiller. Au début, elle avait été heureuse, elle se souvenait avoir prié quand elle avait su pour la première fois que la vie grandissait en elle. Elle s'était agenouillée devant sa couche, avait fermé les yeux et croisé les mains si fort que ses phalanges étaient devenues blanches – oh seigneur, je vous en prie seigneur, puisse cet enfant être l'objet de mon salut, puisse-t-il être un garçon et puisse-t-il me sortir de cet enfer. Je vous en prie, je vous en prie... – Cette nuit-là elle n'avait pas quitté le couvent et elle n'avait pas dormi. Jusqu'au petit matin, elle avait remercié dieu, la sainte providence et son frère, comme s'ils faisaient tous les trois partie de la même entité. – il ne peut être que de lui – Se mentait-elle, incapable d'imaginer qui que ce soit d'autre que son frère apte à l'enfanter. À plusieurs reprises des sœurs étaient venu lui demander d'arrêter de rire, car elle leur faisait peur, mais c'était comme si rien ne pouvait l'arrêter. Elle criait et riait aux éclats, mais ses rires n'avaient rien de joyeux, ils étaient les clameurs du diable, du démon qui vivait en elle depuis des années. À ce moment Pétronille se voyait mère, dans une belle maison, côte à côte avec son frère. Son frère qu'elle aimait tellement. Les autres membres de sa famille n'étaient peut-être pas morts, mais ils n'étaient pas là, son cœur était léger, on l'aimait, tout ça n'arriverait jamais.

La porte s'ouvrit, elle se leva d'un bon et se jeta aux pieds de sa sœur « Alix, ma sœur, Alix, c'est toi ! Seigneur, je l'ai vu mourir et moi aussi, j'étais morte ! Il y avait du sang. Du sang. Du sang. PARTOUT ! » La pièce tournait autour d'elle et sa vision était floue. Elle se serra contre les jambes d'Alix-Adèle comme une enfant aux jupes de sa mère. « Tu dois me sauver, et ton fils aussi. J'ai vu la fin. Alix, la fin. Les autres veulent nous voir morts, mais pas toi. Alix aides moi ! Aides-nous ! » De lourdes larmes coulaient sur les joues rosées de Pétronille, elle ne pouvait compter que sur sa sœur, elle n'avait confiance en personne d'autre.


Spoiler:
 
 

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